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  • Emmanuelle Pommaret

Séances autour du handicap et du polyhandicap

J'ai souvent entendu des questionnements autour de la durée des séances auprès de personnes handicapées et polyhandicapées; Combien de temps une séance dure? Vous ne trouvez pas que c'était court? Avez vous pris le temps avec cette personne? ...


Dans la prise en charge des personnes en situation de handicap et polyhandicap, mon premier travail est de créer un lien. Je travaille essentiellement en institution et la plupart du temps, je n'ai que très peu d'infos sur la personne prise en charge. Et c'est pareil pour elle: elle ne me connait pas, me voit avec des objets sonores disposés dans la salle... Et doit bien se demander qui est cette personne!

La séance se base donc sur la rencontre dans un premier temps: qui es tu ?

Je me présente toujours avec une sorte de séance que j'appelle bilan, en me fiant au bilan psychomusical de Mme Verdeau Paillès, mais que j'adapte au maximum à la personne reçue. Si c'est possible: découverte et jeu sur les instruments proposés, puis avec une proposition musicale, puis avec une sollicitation de ma part.

Mais souvent qui dit musicothérapie entend musique, et les patients me demandent des chansons. Ce que je laisse faire, car c'est leur univers, leur histoire, alors nous écoutons , nous partageons.

De ces moments je peux commencer à définir quelques objectifs de travail.

Mais dans le cas de personnes en fauteuil, "inertes", le travail du lien va se faire autrement, par l'écoute, par le partage de nos voix, par l'utilisation d'objets colorés visuels, ou simplement par des vibrations ...

Mais les patients peuvent vite en avoir assez. Pas assez préparé? pensent que c'est le moment ou on va faire la fête? comme l'autre fois au karaoké? et comme cela ne correspond pas, peut être, à leur imagination ... ils partent.


Cela fait maintenant quelques années que je rencontre une dame , que je prénommerai Sylvie ( je change son prénom). On m'avait dit qu'elle jouait du djembé dans son ancien établissement, donc j'ai mis en place une continuité pour créer le lien. Mais rapidement elle se levait, attrapait mes affaires et les mettait par terre et partait. Je me suis vue également fermer la porte à clef pour éviter qu'elle ne sorte en pleine séance . ( et je pense inconsciemment que j'avais peur qu'on me dise que la séance était trop courte) . Or maintenant avec du recul, je me sens assez maltraitante! Sylvie avait besoin de temps pour entrer en relation. le djembé était il vraiment un objet agréable pour elle? que lui évoquais-je?

Lors d'une séance, j'ai laissé le djembé, elle est venue s'installer face à moi et s'est mise à "ronronner", je l'ai accompagné en essayant de donner du sens à ce son, j'ai cherché sa note ( fa#min) et je l'ai accompagnée au clavier. Cela a duré ... j'étais en lien avec elle. J'ai enregistré ce moment, et nous l'avons écouté ensemble.

Je lui ai diffusé cet enregistrement le séance suivante, mais Sylvie n'a pas voulu l'entendre. C'était l'enregistrement du moment. Qui était comme pour toute art thérapie dans l'instant, dans l'éphémère. Il a fallu que je trouve une autre accroche pour éviter qu'elle ne parte.

Ainsi la durée de séance, peut varier entre les moments ou le patient veut s'exprimer et surtout ou j'arrive à écouter et l'accompagner dans cette expression.


Je vois aussi Jérôme, un homme malentendant et malvoyant. Les 1ères séances duraient ...5 mn... il passait d'un jeu à l'autre, et refusait d'y revenir, puis une fois qu'il avait fait son expérience: me faisait le signe de la fin et partait. Puis au bout de plusieurs séances, il a pris plus de temps, pour se laisser accompagner dans le jeu musical, recherche des vibrations, partage et créations de rythmique, échanges vocaux... la durée des séances est donc passée de 5mn à 30 mn. Je ne le limite pas, je prends le temps d'expression.

Souvent en fin de séance, il repartait excité, avait besoin de revenir vers moi pour tester mes vibrations vocales. Maintenant , il va s'installer dans un fauteuil et reste apaisé.

j'ai accepté qu'il vive ses séances courtes mais en lui offrant le temps qu'il veut.

Je pense que 30mn pour lui c'est énorme dans son quotidien mais qui sait... la prise en charge n'est pas terminée. Et si cela doit durer beaucoup plus longtemps, la notion de cadre , de rituel de début et de fin pourra être mise en place! un nouvel objectif?


Nous voyons dans ces 2 exemples, que ce n'est pas moi pour le moment qui décide de la durée des séances. Le lien et de la mise en place de l'accompagnement est le premier travail de la musicothérapie. Gérard Ducourneau écrivait que la première approche est le lien, et ensuite on peut aborder la thérapie. Mais le travail autour du lien peut être très long en ce qui concerne les personnes en situation de handicap profond. Ce que j'ai vécu de nombreuses fois.

Je profite d'ailleurs de cet écrit pour remercier tous les familles, les éducateurs, les tuteurs de me faire confiance et de me laisser le temps.




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